La surcharge des véhicules sur nos routes est l’autre face de la corruption à visage découvert au Bénin

Article : La surcharge des véhicules sur nos routes est l’autre face de  la corruption à visage découvert au Bénin
23 juin 2015

La surcharge des véhicules sur nos routes est l’autre face de la corruption à visage découvert au Bénin

véhicule surchargé béninCette image peut surprendre les occidentaux ou autres touristes qui viennent en visite dans mon beau pays, le Bénin. Mais nous les authoctones ou nationaux, sommes bien habitués à voir les véhicules de transport, qu’ils soient légers ou de poids lourds notamment les camions, chargés hors normes et hors gabarit. C’est ce qui est NORMAL chez nous.

Mais la racine du mal n’est pas dans l’audace qu’ont les chauffeurs à charger pléthore mettant en souffance le véhicule, les voies de circulation mais surtout la vie des passagers et des autres usagers de la voie publique. Le mal se touve dans la confiance que le conducteur du véhicule a aux agents de sécurité routière qui sont chargés de le contrôler et de le verbaliser. Le conducteur sait que sur les 500 km qu’il aura à parcourir, aucun agent agent de sécurité ne peut lui arracher son permis de conduire et l’obliger à respecter les normes de la circulation. Pour preuve ce conducteur dont je viens de filmer le véhicule sur l’axe Akpro-Missérété- Pobè à la sortie de Porto-Novo, la capitale de mon pays, vient juste de dépasser un poste mixte de gendarmes et de policiers, chargés de la sécurité routière. Je ne parle pas des dizaines de postes de contrôle qu’il a dépassés avant que je ne le rencontre.

Le deal entre conducteur et agent de sécurité est réglé depuis des lunes. La compréhension est totale: Le mécanisme est simple et bien huilé. Le conducteur de véhicule sait que l’agent de sécurité routière qui vient sur la voie n’est pas venu pour contrôler ni son permis de conduire, ni les papiers de visite technique du véhicule encore moins veiller à la sécurité et la vie des usagers. Il est venu pour ramasser ses pièces de 500F CFA.  Le gendarme ou le policier de garde sait aussi que son rôle n’est pas de déranger le chauffeur et faire un contrôle, surtout faut pas lui perdre du temps: le temps c’est de l’argent, n’est ce pas?

Alors bien avant le poste de contrôle, le chauffeur prépare sa pièce de 500f qu’il met dans sa main gauche, celle qui est hors du véhicule. Le policier a pour rôle de siffler. Il siffle donc et le chauffeur ralentit, faisant semblant de s’arrêtter, le policier s’approche prend la pièce de la main du conducteur et échange un sourire amical. Le tour est joué. Cette pièce d’argent rejoint les autres qui pèsent déja lourdement les poches du tréllis de l’homme en uniforme.

Un autre scénario est que le policier siffle et le conducteur va garer son véhicule plus loin. Avant qu’il ne descende le policier a déjà lancé le code : << Descend avec tes pièces>>. Le profane va penser qu’il s’agit des pièces du véhicule. Erreur! Il s’agit de la pièce de 500F Cfa que le conducteur glisse dans la pièce du véhicule. Alors il descend du véhicule, court se présenter devant le policier et se met au garde à vous. Repos! Il tend la pièce du véhicule à l’agent qui retire la pièce qui l’interesse et retourne la pièce qui ne le concerne pas à son propriétaire qui reprend son véhicule surchargé vers un autre poste de contrôle pour le même scénario.

Et ces sous collectés vont où? Je m’attendais à cette question. Le policier de faction fait le point à son chef de poste. Celui-ci à sa descente de garde en fait au commandant d’unité qui remonte l’information plus loin, vers le directeur national qui avise le ministère qui va contacter qui? La présidence. Sur ce parcourt vers le palais de la présidence, la rançon est chaque fois amputée d’un niveau à un autre. Mais cette amputation ne dimunie en rien ce qui parvient aux <<hautes autorités>>, car la manne vient de partout du territoire national: le fleuve a plusieurs affluents qui viennent grossir son lit au fur et à mesure qu’il évolue.

La corruption chez nous a plusieurs facettes. Je viens d’en dévoiler celle à laquelle nous sommes tous habitués. Je ne parle pas des travaux surfacturés et de la construction de l’édiffice de l’Assemblée nationale qui a déja engloutit 14 milliards de francs CFA et refuse de se livrer à l’usage des députés.

C’est le système béninois. Nous continuons nos marches vertes avec en tête la haute autorité, mais la gangrène continue vers la moelle. Vive la lutte contre la corruption! Vive le partenariat corrompu et corrupteur!

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Commentaires

Atman BOUBA
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Sacré article qui met à nu le système de la corruption au Bénin. Merci confrère. <> j'ai bien aimé ce passage, l'allusion je vais plutôt dire.