Affaire Dangnivô: le supposé mort qui refuse de mourir


Chez moi, toujours dans le pays lointain là-bas, le pays de l’eau et de la verdure qu’est le Bénin, il y a un certain supposé mort qui refuse de mourir et malmène les vivants.

  • Historique des faits

Dans la nuit du mardi 17 août 2010, disparaissait le sieur Pierre Urbain Dangnivô. Jusque-là, haut cadre du ministère des Finances, il serait revenu du service et aurait perdu le chemin de sa maison car jusqu’à présent, il n’y aurait plus jamais mis les pieds. Qu’est-ce qui s’était passé donc pour qu’un adulte comme lui ne retrouve plus les chemins de sa maison. Cinq ans après, tout le peuple est encore en quête de la vérité.

Entre temps dans les jours qui ont suivi cette mystérieuse évaporation dans la nature, beaucoup de soubresauts ont secoué la cité. Les syndicalistes s’en sont mêlés, les politiciens aussi. Disons tout le peuple s’est mobilisé pour retrouver le disparu, toujours vivant et jamais mort. Mais à la fin du scénario, un cadavre a été déterré à Wômey,une bourgade non loin de Cotonou et des supposés assassins furent arrêtés et jetés en prison.

Les conclusions médicales d’experts légistes nationaux et internationaux n’ont pas pu permettre de déclarer le cadavre exhumé comme celui du présumé disparu mort. En tout état de cause, le problème est resté au point mort, aucune question n’a pu obtenir de réponse. La seule certitude est qu’un cadre de la fonction publique est sorti de son bureau et erre encore dans la ville de Cotonou cinq ans après car il n’est pas encore retourné dans sa famille, auprès des siens. Où peut-il donc bien être ?

  • Actualités

Affaire dangnivô

Depuis cinq ans donc, certains croupissent dans la prison de haute sécurité d’Akpro-Missérété. Entre temps, le principal accusé dans l’affaire et présenté comme le véritable assassin du cadre, aurait tenté le grand exploit de s’évader de la prison, en escaladant à lui tout seul, les hautes murailles, hautes de trois mètres: Un grand exploit olympique de saut en hauteur .

Dans un dossier politico-judiciaire comme celui dont nous parlons, où des noms, et pas des moindres, sont cités, la justice ne peut donc rester en retrait. Alors la justice s’est saisie du dossier, les avocats de la partie civile sont constitués, ceux de la défense, le ministère public et les jurés sont désignés pour qu’une fois la vérité jaillisse. Mais quelle est la vérité qui va jaillir ? Celle dite la vraie ou celle qui aurait été fabriquée ?

Pour le moment, le procès est suspendu pour la énième fois. Il y a dix jours, les avocats de la défense ont posé un problème d’inconstitutionnalité. Alors la cour constitutionnelle a fait diligence pour statuer sur la question et a autorisé la poursuite du procès. Dès lors, c’est le problème des jurés qui auraient subi des pressions de toute sorte qui bloque à nouveau le procès qui est encore suspendu.

Mais ce qui reste constant dans ce procès, c’est que les principaux accusés supposés assassins et complices, refusent de plaider coupables. Ils parlent de théâtre et d’histoires montées de toute pièces. Ils parlent de promesses de millions faites par des gens, et pas des moindres, parlons tout simplement des « intouchables ». Aussi, ce qui est par ailleurs constant, c’est que les avocats jouent au ping pong. D’autres accusent certains de partialité et d’autres estiment que leurs confrères font mains basses sur la vérité.

En tout état de cause, la vérité pour certains n’est plus loin de jaillir mais pour d’autres on ne connaîtrait jamais la vérité dans cette histoire rocambolesque de disparition.

  • La particularité de ce dossier.

Dans mon pays si beau et si paisible là-bas au pied du baobab centenaire et de l’iroko sacré, nous avons connu par le passé d’autres disparitions: le sous-préfet de Boukoumbé a disparu sans laisser de trace, le juge Coovi est mort aussi sans qu’on élucide ce crime. Alors pourquoi tant de palabres pour ce supposé mort qui refuse de mourir ? J’avoue que je n`ai pas la réponse à la question. Juste je me rappelle de cette phrase dite par mon père un jour : « toutes les naissances n’ont pas la même signification et toutes les morts n’ont pas la même valeur. »

Enfin, je souhaite que la vérité jaillisse, que justice soit rendue, mais plus jamais que de tel crime ne se produise dans la cité. Que la famille et les amis puissent retrouver leur parent vivant, s’il vit encore comme certains le disent ou tout simplement qu’on puisse faire le deuil du disparu pour avoir la quiétude dans les coeurs et que les âmes des disparues reposent en paix pour que le mort cesse de malmener les vivants.

 

 


tokpanoukoudjo

A propos de tokpanoukoudjo

Je suis Béninois, résident au Sénégal. Médecin de formation et spécialiste des maladies infectieuses et tropicales. En outre j'ai une licence en sociologie, ce qui m'aide à faire le pont avec l'homme qui est le coeur de ma profession médicale. En effet tout bon médecin, doit connaître la sociologie de son patient. Car une médecine sans sociologie est une médecine déshumanisée. Ma passion se résume essentiellement en l'écriture et la littérature. Ainsi je suis auteur de "Cedôtôde ou une enfance brisée", roman, édité aux stars Editions, Cotonou, Septembre 2013. A travers ce roman j'évoque la vie difficile des enfants placés appellés '' vidomessi'' en langue '' goungbé'' parlée à Porto-Novo au sud du Bénin. En cours de publications: "Où va le monde des charognards et des vautours", éditions Harmattan, Sénégal. Cet essai de 200 pages aborde les incohérences de la politique africaine et internationale. Cette politiqque qui au nom des intérêts des Etats n'hésite pas à sacrifier des vies humaines. "Ma conviction intime pour le MJUD", Stars Editions. Il s'agit d'une oeuvre de militantisme politique qui relate mon petit parcours d'activiste politique à travers le Mouvement des Jeunes Unis pour le Développement (MJUD). J'ai rencontré mondoblog sur RFI grâce à ma passion pour la culture et la littérature. J'y fais mon petit chemin d'apprenant, pour partager avec le monde les vécus sociétaux et culturels autour de moi. Mes leaders spirituels et charistimatiques sont: Patrice Lumuba, Thomas Sankara, Martin Luther King et Nelson Mandela. Je crois en leur lutte pour un monde plus humain.

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