La Cour constitutionnelle révise la Constitution du Bénin


Depuis l’avènement de la démocratie en Afrique, la tentation est forte de réviser à chaque fois la loi fondamentale des pays du continent. Je ne me permettrais pas de citer les présidents qui ont mordu à l’appât. Presque tous ont succombé au désir de se maintenir au pouvoir après leur mandat : on change la règle du jeu au cours du jeu. Au Bénin, le général Mathieu Kérékou a voulu proroger son séjour au palais de la Marina après dix ans d’exercice. Son successeur au luxueux palais, après le retentissant KO de 2011, n’a pas aussi manqué de se laisser prendre par la griserie du pouvoir en dépit de la loi qui fixe à deux mandats le séjour présidentiel à la tête de la nation.

Mais hélas, il devra abandonner ce souhait. Beaucoup d’obstacles se dressèrent devant lui malgré la toute-puissance du régime. D’abord ce fut la brouille entre les ex-financiers de la campagne présidentielle. Sur fond d’accusation de tentative d’empoisennement du boss et de coup d’Etat, les relations entre le patron et ses anciens alliés se sont fortement détériorées. Des ministres et un médecin personnel furent jetés en prison avant d’être graciés quand le bailleur et son avocat juge prirent la clé des champs pour sauver leur maigre peau.

D’un autre côté, ce fut les forces politiques qui abandonnèrent le capitaine du bateau quand les organisations de la société civile s’alignaient vaille que vaille sur une orientation à prendre pour contrecarrer le plan de révision de la Constitution. Dès lors le boss fut contraint de revoir sa position sans toutefois retirer sa requête de révision de la Constitution. Le peuple suivait attentivement le dossier.

La réponse est venue de la Cour constitutionnelle, garant constitutionnel du respect de cette même Constitution. Les sept sages de la Cour par leur décision DCC-15-156, vont faire une levée de boucliers sur l’âge légal de dépôt des candidatures pour l’élection à la magistrature suprême en autorisant ceux qui auraient 40 ans avant la date du dépôt des dossiers de candidature à se présenter à la présidentielle. Entre autres conditions pour être candidat à la présidentielle, l’article 44 stipule : « Nul ne peut être candidat aux fonctions de président de la République s’il n’est âgé de 40 ans au moins et 70 ans au plus à la date de dépôt de sa candidature……….>>

Ainsi donc en douce, sans tambour  ni trompette, la Cour constitutionnelle vient de réviser la Constitution. Pas besoin de slogans style « NE TOUCHE PAS A MA CONSTITUTION »>, comme en 2005. Tout s’est passé entre les quatre murs dorés de l’institution suprême et avec quelques coups de téléphone. Pour le moment, personne n’ose trop lever la voix, car la même Constitution affirme que les décisions de la Cour constitutionnelle sont sans recours. Mais la seule question qui reste posée est de savoir à qui profite cette révision ?  Wait and see. Une fois encore j’affirme que l’Afrique ne souffre ni de faim ni de pauvreté, mais l’Afrique est malade de ses cadres et de ses intellectuels.


tokpanoukoudjo

A propos de tokpanoukoudjo

Je suis Béninois, résident au Sénégal. Médecin de formation et spécialiste des maladies infectieuses et tropicales. En outre j'ai une licence en sociologie, ce qui m'aide à faire le pont avec l'homme qui est le coeur de ma profession médicale. En effet tout bon médecin, doit connaître la sociologie de son patient. Car une médecine sans sociologie est une médecine déshumanisée. Ma passion se résume essentiellement en l'écriture et la littérature. Ainsi je suis auteur de "Cedôtôde ou une enfance brisée", roman, édité aux stars Editions, Cotonou, Septembre 2013. A travers ce roman j'évoque la vie difficile des enfants placés appellés '' vidomessi'' en langue '' goungbé'' parlée à Porto-Novo au sud du Bénin. En cours de publications: "Où va le monde des charognards et des vautours", éditions Harmattan, Sénégal. Cet essai de 200 pages aborde les incohérences de la politique africaine et internationale. Cette politiqque qui au nom des intérêts des Etats n'hésite pas à sacrifier des vies humaines. "Ma conviction intime pour le MJUD", Stars Editions. Il s'agit d'une oeuvre de militantisme politique qui relate mon petit parcours d'activiste politique à travers le Mouvement des Jeunes Unis pour le Développement (MJUD). J'ai rencontré mondoblog sur RFI grâce à ma passion pour la culture et la littérature. J'y fais mon petit chemin d'apprenant, pour partager avec le monde les vécus sociétaux et culturels autour de moi. Mes leaders spirituels et charistimatiques sont: Patrice Lumuba, Thomas Sankara, Martin Luther King et Nelson Mandela. Je crois en leur lutte pour un monde plus humain.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *